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Mon chat me parle-t-il ? Que savons-nous vraiment des miaulements ?

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Mon chat me parle-t-il ? Que savons-nous vraiment des miaulements ?

Lorsqu’un chat miaule devant sa gamelle, devant une porte fermée ou en nous regardant avec insistance, il est tentant d’y entendre un message très précis : « j’ai faim », « ouvre-moi », « occupe-toi de moi ». Mais que nous dit réellement la science ? Le chat utilise-t-il ses vocalisations pour communiquer avec nous, et sommes-nous réellement capables de les comprendre ?

Le miaulement, une vocalisation surtout destinée aux humains

Le répertoire vocal du chat est beaucoup plus riche que le seul « miaou » : ronronnements, trilles, feulements, grognements, cris ou vocalisations sexuelles font notamment partie des sons décrits chez l’espèce.

Le miaulement présente cependant une particularité : chez le chat adulte, il est principalement utilisé dans les interactions avec les humains. Les chats peuvent bien sûr vocaliser entre eux, et le miaulement existe notamment dans les interactions entre la mère et ses chatons, mais les échanges entre chats adultes reposent largement sur d’autres signaux, vocaux mais aussi olfactifs, visuels et tactiles. Le « miaou » que nous connaissons si bien semble donc avoir pris une place particulière dans la communication chat-humain.

Cette particularité pourrait d’ailleurs avoir été façonnée au cours de la domestication. Nicastro (2004) a comparé les miaulements de chats domestiques à ceux du chat sauvage d’Afrique (Felis silvestris lybica), l’un de leurs plus proches parents sauvages. Les vocalisations des chats domestiques étaient notamment plus courtes et présentaient des fréquences fondamentales plus élevées. Surtout, des auditeurs humains les jugeaient plus agréables que celles des chats sauvages. Ces résultats sont compatibles avec l’hypothèse selon laquelle la domestication aurait favorisé des caractéristiques vocales mieux adaptées à la sensibilité humaine — sans permettre pour autant de déterminer précisément comment cette évolution s’est produite.

Une étude récente apporte d’ailleurs un élément intéressant : les miaulements des chats domestiques présentent une variabilité acoustique importante, supérieure à celle observée chez des félins sauvages étudiés par les auteurs. Cette flexibilité pourrait être liée à leur utilisation dans les interactions avec les humains.

Un même « miaou » pour dire plusieurs choses ?

Les miaulements ne sont pas identiques dans toutes les situations. Leur durée, leur fréquence fondamentale ou encore leur intonation peuvent varier selon le contexte dans lequel ils sont produits. Une étude publiée en 2024 a ainsi montré que certaines caractéristiques acoustiques des miaulements adressés aux humains différaient selon les situations étudiées.

Mais attention à ne pas transformer ces résultats en dictionnaire « chat-français ». Un miaulement particulier ne semble pas correspondre systématiquement à une demande précise, comme le ferait un mot.

Nicastro et Owren (2003) avaient par exemple enregistré les miaulements de 12 chats dans cinq situations différentes. Des participants humains devaient ensuite déterminer dans quel contexte ils avaient été produits. Leurs performances étaient supérieures au hasard, mais seulement modestement. Ils réussissaient mieux lorsqu’ils entendaient une série de miaulements plutôt qu’un son isolé, et l’expérience avec les chats améliorait certaines performances. Les auteurs concluaient cependant que leurs résultats apportaient peu d’arguments en faveur d’un répertoire de miaulements ayant chacun une signification référentielle précise.

Autrement dit, le chat module ses vocalisations selon la situation, mais cela ne signifie pas qu’il possède différents « mots » pour la nourriture, l’ouverture d’une porte ou une demande d’attention.

Quand le chat trouve le bouton « urgence » chez l’humain

Une expérience particulièrement intéressante est souvent citée à ce sujet, mais elle concerne non pas le miaulement, comme on le lit parfois, mais le ronronnement.

En 2009, Karen McComb et ses collègues ont étudié ce qu’ils ont appelé le solicitation purr, un ronronnement produit par certains chats lorsqu’ils sollicitent de la nourriture auprès de leur référent. Lorsque des humains écoutaient différents enregistrements, ils jugeaient ces ronronnements de sollicitation plus urgents et moins agréables que ceux produits dans d’autres situations.

L’analyse acoustique a révélé quelque chose d’étonnant : au sein du ronronnement, normalement grave, apparaissait une composante vocale de fréquence plus élevée. Les auteurs ont proposé que cette composante aiguë présente certaines caractéristiques rappelant celles des cris de détresse, notamment ceux des nourrissons humains. Lorsqu’ils la retiraient artificiellement de l’enregistrement, les humains jugeaient le ronronnement moins urgent.

L’hypothèse est séduisante : certains chats pourraient exploiter une sensibilité humaine préexistante aux sons aigus associés à une demande de soins.

Mais il faut rester prudent. L’étude portait sur un nombre très réduit de chats, et tous les chats ne produisaient d’ailleurs pas ce type de ronronnement. Elle montre donc l’existence possible d’un mécanisme acoustique particulièrement efficace chez certains individus, pas une stratégie universelle du chat domestique. Et parler de « manipulation » volontaire irait largement au-delà de ce que permet de conclure l’expérience.

Est-ce que je comprends mieux mon chat que celui du voisin ?

C’est probablement l’une des questions les plus intéressantes. Si les miaulements ne constituent pas un langage universel, peut-être apprenons-nous progressivement à reconnaître ceux de notre chat.

Ellis et ses collègues (2015) ont précisément testé cette hypothèse. Dix personnes devaient identifier le contexte de miaulements enregistrés soit chez leur propre chat, soit chez un chat inconnu : préparation de nourriture, nourriture temporairement inaccessible, obstacle à franchir ou demande d’attention.

Le résultat est assez parlant : 40 % des participants parvenaient à identifier les situations à un niveau supérieur au hasard lorsqu’ils écoutaient leur propre chat. Aucun n’y arrivait avec un chat inconnu.

Cela suggère que certains humains peuvent apprendre à interpréter les particularités vocales de leur propre animal au fil des interactions.

Mais l’étude était exploratoire et ne comptait que 10 participants. Et surtout, elle ne permet pas de savoir exactement ce qu’ils avaient appris. Reconnaissaient-ils une structure acoustique particulière associée à chaque situation ? Un niveau d’activation émotionnelle ? Une habitude propre à leur chat ? Impossible de trancher.

Il est donc probablement plus juste de parler d’un apprentissage au sein de la relation que d’un langage du chat que certains humains sauraient traduire.

Et avec un chat que nous ne connaissons pas ?

Nos compétences deviennent nettement plus modestes.

En 2020, Prato-Previde et ses collègues ont demandé à 225 adultes d’écouter des miaulements produits dans trois situations : attente de nourriture, isolement et brossage. Ils devaient déterminer dans quel contexte le son avait été enregistré.

Même pour les miaulements les plus représentatifs de chaque situation, les performances étaient faibles : environ 40 % de bonnes réponses pour l’attente de nourriture, 27 % pour l’isolement et 33 % pour le brossage. Globalement, elles n’étaient pas significativement supérieures à ce qu’aurait produit le hasard.

Les personnes vivant avec un chat obtenaient néanmoins de meilleurs résultats dans certaines conditions, notamment pour l’isolement et le brossage. Les participants percevaient également les vocalisations produites lors de l’isolement comme plus négatives et celles du brossage comme plus positives.

Nous semblons donc pouvoir extraire certaines informations générales d’une vocalisation — notamment liées à l’état émotionnel ou au niveau d’activation de l’animal — sans pour autant être capables d’identifier précisément ce qu’un chat « veut dire ».

Et dans la vie quotidienne, nous disposons évidemment de beaucoup plus d’informations qu’un simple enregistrement sonore : la posture du chat, son regard, l’endroit où il se trouve, ce qui vient de se produire, l’heure de la journée ou encore les habitudes que nous avons construites avec lui. La communication chat-humain est donc bien plus multimodale et contextuelle que ne le laisserait penser l’étude isolée du miaulement.

Certains chats sont-ils simplement plus bavards ?

Oui, les différences individuelles sont importantes. Certains chats vocalisent énormément avec leurs humains, d’autres très peu.

La race semble également intervenir, mais les affirmations très catégoriques que l’on trouve sur certaines races dépassent parfois les données disponibles. Des différences comportementales entre races ont bien été mises en évidence dans de larges échantillons, ce qui indique qu’une partie des différences comportementales peut avoir une composante génétique.

Pour les vocalisations spécifiquement, les données sont plus limitées. Des observations ont notamment rapporté davantage de vocalisations et d’initiations de contact chez les Siamois que chez les Persans, et des travaux sur des chatons ont également observé davantage de vocalisations chez un groupe Siamois/Orientaux/Abyssins que chez des chats des forêts norvégiennes.

En revanche, je serais prudente avec l’idée d’affirmer scientifiquement que le Bengal fait partie des races les plus bavardes. Sa réputation de chat vocal est très répandue, mais les données comparatives solides sont nettement moins convaincantes que pour le Siamois. Les différences individuelles, l’apprentissage et l’histoire des interactions avec les humains restent de toute façon considérables.

Un chat peut également apprendre très simplement que miauler fonctionne. S’il miaule devant une porte et que nous l’ouvrons, ou devant la cuisine et que nous lui donnons à manger, la probabilité que ce comportement soit reproduit augmente. Au fil des interactions quotidiennes peut ainsi se construire un véritable système de communication propre au duo humain-chat.

Et si mon vieux chat se met soudainement à miauler la nuit ?

C’est un cas très différent.

Chez le chat âgé, une augmentation des vocalisations, notamment nocturnes, peut faire partie des modifications comportementales associées au syndrome de dysfonction cognitive féline. Une désorientation, une modification du cycle veille-sommeil ou une augmentation de l’anxiété peuvent notamment accompagner ce vieillissement cognitif.

Mais une augmentation récente des vocalisations chez un vieux chat ne doit jamais être automatiquement attribuée à son âge ou à un déclin cognitif. L’hyperthyroïdie, l’hypertension, la douleur chronique, certaines atteintes neurologiques ou encore une diminution des capacités sensorielles peuvent produire des modifications comportementales comparables. Le syndrome de dysfonction cognitive reste donc un diagnostic d’exclusion.

Il est alors important de consulter plutôt que de considérer que « c’est normal, il est vieux ».

Et le réprimander n’a évidemment guère de sens. Un chat âgé qui vocalise parce qu’il est désorienté, inconfortable ou anxieux ne cherche pas à empêcher ses humains de dormir. Identifier la cause et, lorsque c’est possible, adapter son environnement constitue une réponse beaucoup plus pertinente.

Alors, mon chat me parle-t-il ?

Oui, si l’on entend par là qu’il communique avec nous. Non, si l’on imagine que ses miaulements constituent un langage dont chaque son aurait une traduction précise.

Le miaulement semble avoir acquis une place particulière dans la relation entre le chat domestique et l’humain. Sa structure varie selon les individus et les situations, et certaines caractéristiques acoustiques nous renseignent probablement sur l’état du chat. Mais notre capacité à retrouver précisément le contexte d’un miaulement isolé reste assez médiocre.

En revanche, quelque chose de plus subtil semble se construire au fil de la cohabitation : nous apprenons notre chat, et lui apprend nos réponses. Un même miaulement peut devenir informatif non parce qu’il signifie universellement « ouvre cette porte », mais parce que, dans cette relation particulière, à cet endroit et à ce moment-là, chacun a progressivement appris ce qui allait suivre.

Le dialogue existe donc probablement moins dans un « vocabulaire félin » que dans cette succession de signaux, de contextes et d’apprentissages réciproques qui se construisent entre un chat et les humains avec lesquels il vit.

Références principales

  • Nicastro N. & Owren M.J. (2003). Classification of domestic cat (Felis catus) vocalizations by naive and experienced human listeners. Journal of Comparative Psychology, 117, 44–52.
  • Nicastro N. (2004). Perceptual and acoustic evidence for species-level differences in meow vocalizations by domestic cats and African wild cats. Journal of Comparative Psychology, 118, 287–296.
  • McComb K., Taylor A.M., Wilson C. & Charlton B.D. (2009). The cry embedded within the purr. Current Biology, 19, R507–R508.
  • Ellis S.L.H., Swindell V. & Burman O.H.P. (2015). Human classification of context-related vocalizations emitted by familiar and unfamiliar domestic cats : an exploratory study. Anthrozoös, 28, 625–634.
  • Prato-Previde E. et al. (2020). What’s in a Meow ? A Study on Human Classification and Interpretation of Domestic Cat Vocalizations. Animals, 10, 2390.
  • Schötz S., van de Weijer J. & Eklund R. (2024). Context effects on duration, fundamental frequency, and intonation in human-directed domestic cat meows. Applied Animal Behaviour Science, 270, 106146.
  • Ray M. et al. (2021). 2021 AAFP Feline Senior Care Guidelines. Journal of Feline Medicine and Surgery, 23, 613–638.

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